Catherine Franck

Profil

« L'œuvre se situe dans l'œil de celui qui regarde », nous a averti Marcel Duchamp. Alors il faut les regarder ces toiles, elles qui nous fixent avec profondeur, plonger au fond de leurs miroirs. C'est inévitablement se rapprocher de l'intention de l'auteure, Catherine Franck. C'est participer à l'échange de regards, de sensations et d'énigmes qu'elle propose. Dans les traits et replis de la peinture et du patchwork, toute l'histoire de la plasticienne se tisse, faite elle aussi de collages culturels et artistiques.

Surgit l'enfant que Catherine Franck a été, elle qui est née à Paris en 1960, dans le Sentier. Son père, Marcel Franck, né en 1895, à la tête d'une entreprise de vêtements de cuir est avant tout un homme de théâtre. Sa mère, plus jeune, tient les reines de la manufacture. Des vrais bourgeois bohèmes, style XIXème siècle. La fillette a vécu dans un écrin culturel animé. Elle se mêlait, active et curieuse, aux répétitions de théâtre, aux défilés de mode, à la vie d'atelier, à tout ce qui se passait à l'arrière-scène. Elle écrit tous les jours, danse, dessine déjà. Catherine, l’enfant du père d’un autre siècle, s’invente un autre language, qu’elle nous conte avec ses peintures, le media, le medium qu’elle a choisi.

Diplômée à l'école UP9 Paris la Seine en 1991, elle travaille dans l'agence de Jean Nouvel. Mais elle « n'est pas née pour être architecte », son choix est fait, pour voyager, au fil de ses plaisirs, de ses initiations, privilégiant les rencontres qu'elle a l'art de construire et faire prospérer.

Le dessin de portrait l'accompagne partout, elle qui enfant a découvert Ingres au Louvre et en est restée profondément marquée. « Il y a quelqu'un dans le tableau », s'émerveille la gamine. Plus tard, elle s'approchera des oeuvres de Vélasquez, Vermeer, Van Dyck, de « tous ces portraits qui la regardent ». Sa « démarche de peintre » commence vraiment  à partir de 1991. Sa galerie d'œuvres, très riche, raconte sa trajectoire, comme un journal intime peint, une catharsis où elle fait ses gammes picturales, un long cabinet de curiosités. Au début, elle crée surtout des visages, des portraits d'hommes sur des petits formats en bois, comme celui de l'écrivain Claude Simon en 1991 ; ou celui de Markus Lupertz, l’artiste allemand dont le néo-expressionnisme et l'extravagance lui parlent. Vont s'accumuler des visages frontaux puissants et pénétrants, comme Extasis en 1992, inspiré du film Le Locataire de Roman Polanski qui l'a tant chavirée. En 1993, c'est le Mahabharata de Peter Brook qui la percute, avec Earth, peinture où figure le rouge du théâtre, un visage blanc-noir cosmopolite. 

L'Afrique, l'Espagne, le Mexique, un coin de Paris. La Renaissance, le Baroque, l'expressionnisme allemand, Jean-Paul Gaultier. La danse, le butô, le théâtre, les saltimbanques, la musique, la mode, ses tracas et fracas, les hasards. Des chats, des chiens, des rats. Tous ces thèmes ou figures font irruption dans ses œuvres, irriguent sa cour des miracles, ce collage sans fin de personnages fabulesques, solitaires, tourmentés. Des vrais personnes, mais surtout des êtres de fiction, chimériques, auxquels Catherine Franck donne un prénom, imagine un bout de vie. Beloved, en 2006 sort toute droite du livre de Toni Morrison, mais c'est aussi une « femme-esprit » qu'elle a croisée dans la rue. 

L'artiste masque ou ôte les masques, passe du crépusculaire au solaire, de la détresse à l'allégresse, des fantômes au charnel, dans une tension brutale, frontale avec le spectateur. Le rouge explose souvent dans le noir, dans une peinture violemment expressive et colorée, où la lumière sait toujours éclairer ces fonds sombres. A partir de 2000, apparaissent des couples, des femmes plus enjouées, des couleurs plus nuancées, de la légèreté parfois, des falbalas. 

Voilà le continuum d'oeuvres de Catherine Franck d'où ont surgi ses récentes toiles, une série de quatorze oeuvres conçues entre 2018 et 2019, exposées chez son galeriste Eric Landau. 

Les yeux singuliers, les jeux de regards ont transpercé l'histoire de l'art, de l'oeil d'Horus aux gros yeux muraux de JR, des trompe-l'oeil aux effets cinétiques. Catherine Franck le sait, et si, en témoin de son époque, elle ne détourne pas son regard, elle fait du détournement d'enfant sage, comme sorti d'un conte ou d'une fable, pour leur donner un regard grave sur le monde. Elle opère des détournements inspirés de Vélazquez, nargue ses baroques effets et reflets de vêtements avec des papiers d'emballage. Elle fait monter sur les genoux de ses enfants d'honneur le chien qui restait couché aux pieds des Ménines en 1658. Mais elle regarde toujours « le peintre qui ne savait peindre que des têtes » droit dans les yeux. « Les yeux des personnages de Vélazquez permettent à ces derniers de rester vivants dans les tableaux, parce que, miracle insaisissable, ils expriment la vie de l’esprit invisible qui est en eux. Et dans celui qui les regarde », écrit Jean-Michel Mendiboure (1). 

Anne-Marie Fèvre - Septembre 2019

(1) A propos des yeux et du corps dans quelques tableaux de Vélazquez de Jean-Michel Mendiboure, novembre 2006, Lyon.

 

Biographie

Catherine Franck est une artiste et illustratrice française.

 

Parcours

1991

- DPLG Diplôme d’architecture, UP9 Paris la Seine, Paris

1981

- DEUG Arts Plastiques, Paris 1, Paris

 

Expositions personnelles (sélection)

2017

- Bics et peintures, Maison du pays coulangeois, Coulanges-la-Vineuse

2012

- 1er prix du concours : La nuit, Galerie l’oeil du 8, Paris

2010 - 2012

- 4 saisons, Grand marché d’art contemporain de Bastille, Paris

- Bics, Galerie L’enfance de l’art, Amiens

2006 - 2009

- Falbalá, Galerie Florencia Riestra, México DF

- San Miguel de Allende, México

- Passages, Galerie le Groj, Saint-Germain-en-Laye

2000 - 2004

- Best regards, So far so good, Parades, Misfits, Galerie Astarté, Paris

- Peintures et dessins, Galerie Chardon et Petits-fils, Paris

1997

- Galerie de La Grande masse des Beaux-arts, Paris

- Présentation itinérante de Madrid à Grenade

1994

- Regards croisés, Espace Déclic, Etampes

1992

- Peintures, Galerie la Lucarne, Paris

 

Expositions collectives, Salons (sélection)

2018

- Luxembourg Art Week, Galerie W, Luxembourg

2012 - 2017

- Éléments de flottaison, Robert, électron libre, 59 rue de Rivoli, Paris

- Biennale d’Art Contemporain de Strassen, Luxembourg

- Galerie Pierre Kleinmann - Espace Saint Germain, Paris

- Peintures, Ambassade du Liban, México

- 4 expositions (prix spécial du public - Concours : Chimères), Galerie OEil du 8, Paris

2012

- L’enfant mécanique, Galerie Isa Art de rien, Paris

2005 - 2006

- Expositions itinérantes organisées par le Conseil Régional de Bourgogne

1999 – 2000

- Flecha, Foire de Libération d’Espaces Commerciaux vers l’Art, Madrid

- Flash back, Galerie Astarté, Paris

1997

- Salon des Arts de la Biennale d’Auxerre

1996

- Prix du public du Salon de Peinture et Sculpture de Maisse

1995

- Salon des Arts de la Biennale d’Auxerre

1991

- Peintures, Galerie place des Vosges, Paris

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