Des routes qui défilent à l’infini. Gros plan, grand angle, panoramique. Jean-Marc Dallanegra peint des routes. Avec ou sans voitures. Jamais les mêmes. Donnant le plus souvent l’impression d’être à grande vitesse sur un long ruban de bitume. Il voyage. En France, en Allemagne, en Espagne, aux Etats Unis, en Italie, au Liban. Et mitraille avec ses appareils photos, avant de peindre à l’huile et au couteau.

« J’aime faire vibrer ce qui paraît vide. Le trajet d’un lieu à un autre, ce qui fait la route, le sol, le ciel. Trop souvent seul semble compter le lieu d’arrivée, dont on attend tout, où tout doit advenir. J’aime faire exister le paysage en fuite de ces moments gommés de non-existence. »

Après avoir été reçu avec mention aux Beaux-Arts et passé trois ans à y étudier puis s’être fait virer, Jean-Marc Dallanegra part traverser le Sahara du Nord au Sud. Avec lui, un ami, un vieux marabout, et cinq chameaux qui portent deux cents kilos de matériel pour peindre. Là-bas, il a un déclic.

« Comme une communion avec la terre vivante. C’était fou, après avoir marché des heures et des heures, des jours et des jours, j’avais l’esprit littéralement vide, et j’ai ressenti - soudain - la force vivante du sol, de la Terre - avec un grand « T » - sous mes pas. C’est ce moment, je pense, que cherchent, que recherchent, qu’atteignent les pèlerins lors de leurs périples. »

Depuis, Dallanegra veut faire partager ce sens « d’appartenance » à la Terre à ceux qui n’ont plus (presque plus, peu) de contact avec elle. Et qui roulent, sans sensations, en voiture, en avalant les kilomètres.

« Je veux peindre la réalité de mon époque, celle où l’homme à pied a disparu, où il s’est créé une seconde enveloppe physique : son auto. J’aimerais qu’en regardant mes toiles les gens prennent conscience avec bonheur de ce lieu, de ce temps, qu’ils se souviennent qu’ils sont vivants. »

Jean-Marc Dallanegra peint aussi des cocottes-minute. Entre autres. Il peint depuis qu’il est enfant et se souvient d’avoir été encouragé par le fait qu’à l’école les femmes de ménage laissaient toujours les dessins qu’il faisait sur les tables.

« J’aime peindre les choses que tout le monde connaît. Si quotidiennes qu’elles paraissent sans substance, si ordinaires que nul n’y prête plus attention. Comme si la vie n’existait plus « là ». Une cuillère, une louche, une passoire, une perceuse, une cocotte...

Il s’est fixé le but de peindre cent cocottes-minute. « Comme les céramistes utilisant la technique du raku qui suivent le même rituel, toujours, et jamais ne font la même pièce ». Il en a réalisé quatre-vingt-dix-neuf. Elles sont toutes identiques : un mètre sur un mètre, vues de face, fermées, luisantes. Elles sont toutes différentes.

Né en 1964 à la Celle-Saint-Cloud, son père est artisan et peintre. Les Dallanegra sont d’origine italienne. De la grande lignée des « Ramoneurs de Pardi » (Parme). Au XVème siècle la famille était « Della Negra », et c’est en 1917 que l’administration réunit « Dalla » et « Negra ».


SA VIE EN DATES

1964. Naissance à la Celle-Saint-Cloud.

1978. A la sortie du primaire, il est un cancre à la Prévert. Ses professeurs, pour être tranquilles, lui permettent de dessiner pendant les cours. C’est l’attraction à la sortie des cours... Et quand à la fin de l’année on remet tous les pupitres à neuf, ceux « bariolés » par Dallanegra sont laissés intacts par les femmes de ménage.

1979. Il commence des études de dessin industriel.

1984. Il sillonne l’Europe en autostop. L’Espagne, la Hollande, l’Italie, la France... de long en large.

1985. Il est reçu avec mention aux Beaux-Arts.

1988. Le directeur des études lui refuse (injustement) une bourse pour un voyage... d’études. Il proteste... par écrit. C’est au cœur de l’Algérie qu’il apprend, trois mois plus tard, son renvoi des Beaux-Arts. Désert, bateau et chameau pour son premier voyage initiatique. Il traverse le désert algérien jusqu’à Tamanrasset.

1989. Avec Didier Guilbaut et Manuel Leonardi (deux copains peintres) ils vendent leurs peintures aux Puces. « Galerie Vaillante » (parce que rue Paul Vaillant Couturier). Il dissuadait souvent ses acheteurs, leur conseillant par exemple d’emmener leurs enfants en vacances plutôt que d’acheter ses tableaux.

1993. De retour sur Paris, il fait des recherches sur Malevitch et prépare un nouveau départ pour l’Algérie, cette fois en voiture. Quinze jours avant le départ, il rencontre Véronique (sa compagne depuis son retour). En Algérie, confondu, dans le désert, avec un espion, il fait quelques jours de prison. Il revient de son voyage avec un projet « tellurique ». Il aimerait installer de grands panneaux peints en bordure des autoroutes pour que les conducteurs à grande vitesse aient une image subliminale des régions telluriques qu’ils traversent. Il commence son travail sur les routes.

1994. Naissance de Nemo, son fils. Il arrête de vendre aux Puces et fait ses premiers Salons (Bastille, Bruxelles, Berlin). Premier atelier, à Belleville.

1998. Voyage à Los Angeles.

1999. Beyrouth. Il y passe plusieurs mois. Et y réalise plusieurs expositions.

2000. Naissance de Loreleï, sa fille. Rencontre avec Eric Landau et la Galerie W.

2001. Exposition chez « W » à Bruxelles, puis à Paris.

2002. Première toile blanche à la voiture bleue sur support métissé (lin et coton). Exposition « Galerie Expo 411 », Overijse, en Belgique.

2003. Installation dans un atelier « W » aux Abbesses.

2004. Exposition à l’Essec, au CNIT La Défense. Exposition à « W ». Jean-Marc Dallanegra a affronté quelques problèmes liés à l’utilisation du blanc... Sa persévérance lui a permis d’abou- tir. Même si son chemin des routes parait loin d’être fini. Il ne peint plus que sur du lin (plus solide), les formats augmentent, les châssis sont à clef et en pin, plus secs et réglables. Il maîtrise « son » blanc à l’huile, plus fragile, plus riche en pigment, long au séchage. Il a reçu, un jour ensoleillé à la terrasse d’un restaurant des Abbesses, de précieux conseils du célèbre marchand de couleurs parisien, Edouard Adam, celui-la même qui a créé, avec Yves Klein, le bleu éponyme. Dallanegra aboutit dans sa recherche, ses impressions de voyage, ses éblouissements de lumière, les mêmes qu’il rencontrait lors de ses voyages en Algérie, quand il rêvait ses projets telluriques.

2006. Jean-Marc Dallanegra s’installe dans sa cuisine. Il réalise une série de cocotes minutes, de cuillères et de passoires. Des natures mortes peintes dans une palette de blanc, beige et gris totalement habitées par un regard d’enfant. La petite madeleine de Jean-Marc.

2007. Le blanc reprend le dessus. Dallanegra reconstitue en céramique blanche une bataille. « Héros ». Une installation-sculpture rassemblant sept plaques de 108 x 137 cm envahies de petits soldats. Jean-Marc y conte la misère humaine : celle des hommes citoyens du monde et non citoyens de leur Terre.

2008. Voyage à New-York.

2009. Exposition ‘NY perspectives et échappées’ à la Galerie W.

2010. Voyage sur la Route 66.

2010. Chic Art Fair 2010, Galerie W.

2011. Chic Art Fair 2011, Galerie W.