PIERRE-ALEX.
Pierre-Alex. Est conscient qu’il ne peut pas changer le cours des choses. Mais il est un Artiste. Et un Voyageur. Comme ses illustres prédécesseurs, il nous offre, nous confie, ses tableaux en guise de témoignage et questionnement.
Pierre-Alex. by Pierre-Alex.
« Le voyage - vous l'avez compris - est primordial pour moi, rencontrer d'autres cultures, évoluer dans un pays qui m'est inconnu, m'apporte un équilibre et surtout m'inspire pour mon travail. Je privilégie les pays du tiers-monde car c'est là que je trouve une cohésion sociale que je ne retrouve pas en Occident. L'individu n'est pas isolé, spontanément les gens communiquent entre eux, sans a priori. J'aime donc ce côté authentique et évoluer dans ces ambiances chaotiques stimule ma création. Si je construis mes tableaux comme un patchwork de techniques c'est pour ces raisons. Je vais essayer d'expliquer, à partir de tableaux exposés à la Galerie W, une partie de ma démarche :
1- "Violencia en Mexico" parle du climat d’insécurité qui règne au Mexique et au Guatemala. J'ai été régulièrement confronté à ce problème, et c'est la première fois, d'ailleurs, que l'on me met autant en garde pendant un voyage. Lors, entre autres, de mes prises de vues de murs et palissades, dans les quartiers excentrés, ou à la frontière avec le Guatemala ou des milliers d'immigrants veulent remonter vers les Etats-Unis : un véritable trafic humain est organisé. Je suis donc parti d'un article et surtout d'une marche silencieuse très populaire au Mexique, dénonçant la violence liée au trafic de drogue écrit et organisé par le poète et journaliste Javier Sicilia, dont le fils a été assassiné. Une partie du texte se trouve sur le tableau.
2- Le tableau n°2, parle de Cuba, un pays que je connais bien. La couture sur la bouche, sur ce papier, signifie tout simplement l'impossibilité de parler, de s'exprimer librement dans une dictature. Les conséquences sont dramatiques puisque l'embargo en vigueur depuis plus de 50 ans prive le peuple Cubain de vivre correctement. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je peins des vieilles voitures cubaines qui sont le symbole de ce blocus. Depuis cette période, j'ai changé ma façon de travailler. En effet n'ayant plus accès aux biens de consommation courante, j'ai du m'adapter en exploitant cette contrainte, ainsi pour réaliser de grandes toiles, il fallait, comme un patchwork, coudre de petits bouts de tissu entre eux...
Sur le papier il y a aussi une femme à plateau labial, c'est comme la femme girafe dans le nord de la Thaïlande ou l'excision, je parle ainsi de ces coutumes barbares, d'une autre époque, qui par croyance mutile le corps et l'esprit des femmes.
Il m'arrive de peindre une multitude de sujets sur un tableau, sans qu'il y ait forcément de lien.
3- « Peuples Indigènes » a été réalisé suite au voyage dans l’état de Chiapas au Mexique, où certains villages ont obtenu, suite au combat du sous-commandant Marcos contre la discrimination culturelle, économique et politique à l’égard des indigènes mexicains, un statut autonome. Ce n'est que l'histoire qui se répète, les peuples autochtones sont exterminés, leurs cultures dénigrées, supprimées, leurs terres annexées... d’où l'inscription, sur le tableau, des noms de tribus et peuples qui ont disparus.
4- « Rhino d’Indonésie », parle de la disparition des animaux, et plus généralement, du non respect de notre environnement. La corne est cousue comme on referme une cicatrice. J'aime avant tout la nature, le calme qu'elle m'apporte, ce retrouver sur un volcan en Indonésie, naviguer sur le Mékong, au Laos, ou visiter la Quebrada de Caffayate en Argentine, sont des expériences uniques. Évoluer dans cet environnement me donne conscience de sa fragilité et « nous » avons le devoir de le préserver.
Je pourrai continuer ainsi avec d'autres tableaux, le monde est vaste et les idées sont infinies, je n'ai pas la prétention de vouloir changer le monde, mais juste d’apporter mon témoignage. »

