LA GALERIE W

LA GALERIE W 

Extraits d'un texte de Maria Grazia Meda : journaliste freelance (La Repubblica, Vogue Italia) et conseil éditorial.

"C'est un lieu. Pas une galerie. C’est une histoire de fou. Eric Landau est un rêveur réaliste, dénicheur de talents, précurseur, créatif et inventeur de la Galerie W. 

En 1997, Eric Landau revient de sept ans en Andalousie et atterrit à Montmartre : « un village andalou ». Il fonce, avec une envie dingue et une idée belle : « produire » des artistes contemporains vivants, organiser la possibilité matérielle et financière de leur création. Et cela, à Montmartre avec le désir de redonner au coin du Bateau-Lavoir - Picasso, Matisse, Braque, Fernand Léger, Utrillo, Apollinaire, Cocteau… - un courant d'art nouveau, à nouveau contemporain.

Afficher l'art sur les murs. Sur les immeubles et les panneaux des agences immobilières « à louer / à vendre ». Parier sur des artistes contemporains. Louer des locaux sur rue dans le quartier pour qu'ils servent d'ateliers… « T'es fou » disaient les gens à Eric Landau qui poursuit sa route. La Galerie W produit donc des artistes. Une rumeur exponentielle et de plus en plus positive bruisse. #W s'agrandit, jusqu’à s'installer dans les locaux de l'ex Baguette de Bois, un grand espace, qui a été durant plus de 150 ans le plus grand espace d'encadrement artisanal de Paris. Le lieu semble habité par la force créative de la plupart des artistes de la fin du XXème siècle qui sont passés ici.

L'essentiel ce sont les artistes. Une vingtaine d’entre eux forment le noyau dur de la galerie. Comme, bien sûr, Troy Henriksen et son exubérance imagée, textuelle et colorée ou Jean-Marc Dallanegra et sa force tellurique à l'huile. La Galerie W n'expose que des artistes contemporains vivants (avec une exception qui confirme la règle : Raymond Hains). De l'art contemporain, comme la rue, le monde. W fait vivre l'art dedans et dehors : donner un lieu à l'artiste, mettre son œuvre dehors ; donner à vivre à l'artiste et à l'œuvre, puis donner à vivre l'œuvre aux passants, peut-être plus encore que de la donner à voir… 

La Galerie W c’est l'ailleurs. Le lieu de la création autant que celui de l’exposition : elle porte en elle la force et la vigueur du lieu de la création. Celui qu’on ne voit jamais. D’ailleurs vous n'avez jamais vu un lieu pareil. Ça n'existe pas. Ça n'existe que là.

L'Espace W est un espace inspiré. Un lieu ouvert 7/7 jours. Le plus important ? Les artistes. Les choix. Le suivi. Avec…. Une exposition par mois. Un accrochage qui change tous les jours. Des événements avec des artistes extérieurs. Souvent de l'art urbain, d'abord l'art sous toutes ses formes. La peinture et la photo surtout, et… la sculpture, des installations… la musique, la cuisine même…. Il s'y passe tous les trois jours quelque chose de nouveau. Il y a des dîners, parfois cent cinquante personnes assises, le plus souvent debout ; des laboratoires d'idées ; des concerts ; des défilés ; des performances ; des signatures ; des remises de médailles ; des ateliers pour enfants…

W crée l'événement. W est un lieu de rencontres. Un lieu tout court. Et W déménage. Tout le temps. Investit les villes dedans et dehors. Fait des expositions dans le sud de la France, sur l’Ile de Ré, au Luxembourg. S'expose en entreprise, des magasins Hugues Chevalier à Paris jusqu’à la Nouvelle-Zélande, où Eric Landau et les artistes de la Galerie W ont accompagné en 1999 le bateau français engagé dans l'America's Cup. W est à Boston, à New York, sur la Route 66, à Pékin, à Phuket…

W expose. W s'expose, surtout. Elle prend des risques. Se jette dans le vide, dans le pari, dans la rue, elle s'y jette comme dans la vie. W est « jetée » en fait. Elle est folle si vous voulez, si être fou c'est être en vie. L'existence, c'est ça au départ, c'est « ex-stare » - littéralement être « jetés là». Dans le monde, dans la vie, dans l'espace et le temps. Il faut être fou, un peu, pour vivre sa vie et ses idées à ce point. Mais il faut surtout être quelqu'un. W ne peut pas être une chose. W ressemble à l'humain. A quelques-uns du moins.

Car W n'est pas une galerie, c'est un univers, qui prend la mesure de l'espace et du temps, et qui change nos vies en inventant la sienne. Elle a changé celle de Montmartre et de ses habitants. Elle a changé celle de ses artistes. Celle de ses collectionneurs, souvent. W est un lieu d'interconnexions : de passages, de passeurs et de passants"