Des têtes des jambes des pieds des mains, surtout des bras.

Simple Black 8 ressemble à Simple Black 7 mal réveillé ; dans Simple Color, j’en vois un qui rigole. 

Ai-je aperçu un animal en cage ? Là, une méduse sur un chat. Un couple allongé en  jean. Elle est rousse… 

Mais combien est ce couple ? 

En bas, un qui console.  

Allez, viens ! dit le petit à l’écran de TV sur bottes rouges.

Ces 2-là, par leurs ventres, on jurerait qu’ils chuchotent.

Oupouaout, le Dieu loup égyptien, Celui qui ouvre les chemins, toise une aigrette embarrassée et soudain, ils deviennent deux chevaliers en bouclier…


C’est comme quand on s’habitue à l’obscurité. On distingue mieux et tout ne cesse plus de se transformer. Métamorphoses. 

Toma-L, via un système métrique renouvelé, « fait des monstrations » sur papier. Alors, de même que lorsqu’il s’appelait encore Thomas Labarthe, il a découvert Dubuffet à Beaubourg, on pourrait « passer des heures devant 10 cm, à  paraître cinglé… » 

Mais à y réfléchir, est-ce lui qui a découvert Dubuffet ou plutôt Dubuffet qui l’a redécouvert … ouvert Thomas Labarthe à Toma-L ? 

Et si Mon âme mise à nu dont parle Baudelaire était, autant que celle de l’artiste, la mienne, la vôtre : celle de l’observateur ? 

Toma-L est un capteur. Ouvrira-t-il en vous un canal ? 

« Finalement, nous ne sommes qu’un assemblage de petits éléments, un amas de particules » concluait le physicien quantique, très applaudi.  Dans le public, une main se leva : 

« Comment ça tient ? … Je veux dire : Comment nous, comment notre corps humain tient-il ? » 

Peu importe que la réponse ait été un peu embrouillée.

La question tient. Et plaît à Toma-L. 


Elle fait écho à Picasso commentant à Brassaï une exposition de dessins d’enfants : «Quand j’avais leur âge, je dessinais comme Raphaël. Il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme eux.» 


Oui. Il y a bien un moment décisif où, sur le papier, la tête entre en relation avec le corps, où les membres prennent sens, où l’enfant réalise, peut-être dans un effort surhumain, à travers ces éléments maladroitement reconstitués : 

« C’est moi ! »

Et si la vérité était en effet avant cet apprentissage de l’ego ?

Peut-être n’est-on pas si bien rangé que ça ? 

Moins sages que notre image.


Cependant, comme chez Picasso, Dubuffet ou Tapiès, «Ceci n’est pas un dessin d’enfant»


À quoi ça tient, Toma-L ? À une technique, une maîtrise, une composition. À une violence dans les regards, aux bouches, aux bras. Tout tient aux bras. « Tu enlèves un bras, tout se casse la gueule… » 

Miró aussi projetait ainsi des bras, lignes qui structuraient l’ensemble. 

Ce sont les bras qui lient, relient et vous embrassent.


Sabine Euverte


En 2001, Thomas Labarthe découvre Jean Dubuffet au Centre Pompidou. Une rétrospective qui constitue pour lui un « véritable électrochoc ». 3 mois plus tard, il peint Mala bestia, sa première toile. Le temps des expositions suivra : Paris, Carhaix, Nantes ou Tours.


En 2006, il présente Figures Libres au Centre Altercultura à Barcelone. Initialement exutoire, sa création se structure de plus en plus. Thomas Labarthe trouve ses formats, commence à définir ses masses, ses formes et ses couleurs.

Riche et féconde, son expérience de vie en Espagne le lie aux chromies du sud. À voir son travail, beaucoup invoquent d’ailleurs Joan Miró. D’autres citent Dubuffet ou Basquiat. Thomas, lui, peint à l’estomac, au cœur.

Entre 2008 et 2009, il est exposé en France par la Galerie Id-Art (Paris, 3e) et se rend à deux reprises à New-York, pour des résidences.

Courant 2009, la rencontre avec son agent Sébastien Fritsch donne lieu à une série d’expositions et de nombreux projets créatifs dans le sud de la France.

Engagé dans son élan artistique, Thomas Labarthe sait aussi engager les autres. Aujourd’hui, vidéaste, photographe, auteur, graphiste et scénographe mutualisent leurs savoir-faire autour de Vas-y, nouvel objet protéiforme au long cours, initié en 2011 à Marseille.

La suite ? Il y travaille, mais à plusieurs mains cette fois-ci.