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RAYMOND HAINS

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Raymond HAINS - 1926 - 2005

LE JEU DES ALLITERATIONS MISES EN IMAGES.

Lorsqu’il m’arrivait, certains soirs d’été à la terrasse du Danton, un des rares cafés à fermer à trois heures du matin, d’être l’oreille attentive et passive dont Raymond Hains avait besoin, je regrettais de ne pouvoir mémoriser ses paroles.

Pas de logique, les mots se suivaient dans un désordre apparemment assemblés, associations fortuites de sens et de sonorités où un mot en entraîne un autre, inattendu, rapports cachés, voyage dans le temps et dans l’espace.

De cette mélopée abstraite, j’ai fini par percevoir les strates, les surprises, les coïncidences, les restes de mémoire effacée ou de mémoire vive que l’on retrouve accumulées dans son œuvre.

1945, c’est la découverte des compositions surréalistes d’Emmanuel Sougez, et ce sont ses débuts de photographe au service photographique de France-illustration.

Très vite il se place de l’autre côté du miroir, voulant montrer « une autre réalité », il crée ce qu’il a appelé des « photographies hypnagogiques ».

Il s’agit de rendre visible l’état de « rêve éveillé », décrit par Freud, ce passage entre le conscient et l’inconscient qui précède l’endormissement. Il expose ses photographies à la galerie Colette Allendy, le 30 juin 1948.

Il va plus loin, et cherche par ses photographies, « à produire au lieu de
reproduire », il veut engendrer « le dépaysement », fragmente l’image à l’aide de petits miroirs, la déforme au travers de verres cannelés.

Il s’agit d’arracher le spectateur aux conventions du mimétisme pour le propulser dans l’univers informel d’une photographie « graphique », autonome, perçue « en tant qu'objet ».

Du support papier il passe au support cinématographique, « Loi du 29 juillet 1881 ou Défense d'afficher » et surtout « Pénélope », un film abstrait ainsi nommé par Villeglé.

1945 ce fut surtout la rencontre essentielle avec Villeglé, tous deux étudiants en Bretagne. Ensemble, ils entament l'aventure des affiches déchirées, du « Lacéré anonyme », selon l’expression de Villeglé. Ils arrachent par morceaux les affiches publicitaires collées dans les rues. Au début, ce sont surtout des fragments, bruts, poétiques, aléatoires, livrant une image lyrique, dont le seul mystère se trouve enfoui entre les strates successives des affiches collées.

Leur première exposition sera en 1949 à la galerie Colette Allendy.

Les années 1949-1961 sont celles de « La France déchirée », titre d'une exposition à la Galerie J. en 1961, avec Jacques Villeglé .

Vingt affiches reflètent la France de 1950 à 1961, onze ans de « bruits et de
fureurs », la guerre d'Algérie, le général de Gaulle, la politique et les drames.

Souvent austères, les affiches superposent des « mots éclatés » des mots scandés, des lettres d’imprimerie assemblées en une œuvre abstraite quasiment géométrique. C’est aussi l’époque où Hains rencontre l’un des fondateurs du lettrisme, Isidore Isou.

1957 « Palissade aux emplacements réservés » exposée à la première Biennale de Paris.

Les affiches sont collectées sur leur support de bois, des palissades, multipliant les effets du hasard, les coïncidences, qu’il lui arrive de reprendre, de maîtriser, enivré par une dialectique dans la veine de Raymond Roussel ou du marquis de Bièvre, créant ce qu’il appelle « des attrapes-mots ».

Les mots s’enchaînent, des affiches aux palissades, rebondissant sur les
« lapalissades », les entremets de « La Palissade », sa rencontre avec Geneviève de Chabannes la Palice, descendante du seigneur de la Palice, et aussi les bonbons appelés «Vérités de la Palisse ».

Mots, papiers supports de mots et d’images, dont il ne reste souvent qu’un bout coloré, qu’une bribe de lettre, cohabitent, assemblés, cimentés par le génie d’un discours sous-jacent, mouvement brownien figé sur une planche de bois, une tôle ou encore émergeant de papiers collés superposés.

Le 27 octobre 1960, Hains rejoint avec Villeglé, le groupe des Nouveaux Réalistes.

« Ce qui m'intéresse dans le Nouveau Réalisme, ce sont les abstractions personnifiées…. Je suis moi-même une abstraction personnifiée ».

Il n’en reste pas là, élargit sans cesse son champ d’exploration et expose « Néo Dada emballé » en 1963 au Salon Comparaisons.

En 1964 à Milan, il agrandit démesurément des boîtes et des pochettes d'allumettes.

Iris Clert expose ensuite SAFFA & SEITA, et convie les pompiers de Paris

Dans Iris-time numéro 21, octobre 1965, sous-titré « le point de vue d'Iris », à la question :

« Qui est Raymond Hains ? » Iris Clert répond : il « est le roi du calembour métaphysique (…). Sa pensée depuis 1946 n'arrête pas d'évoluer et de proliférer dans de gigantesques méandres analogiques».

Ses images et ses mots brassent dans le seul ordre associatif, références culturelles, objets courants et noms propres, rapprochant lieux et personnages, artistes, marchands, critiques, conservateurs, créant un Pop Art poétique et conceptuel.

Hains fait surgir le mot Pompidou en faisant un pont entre la brasserie La Palette, rue Jacques Callot à Paris, tenue par M. Pidoux, et la galerie Lara Vincy, sise en face, rue de Seine, pour son exposition « L'art à Vinci » en 1976.

1983, Yves Klein l’incommensurable lui inspire « Le Monochrome dans le métro » qu’il expose à la galerie d’Eric Fabre.

1989 à la FIAC, sur le stand de cette même Galerie de Paris, Hains montre « Le Piédestal de Louis XIV », du Bernin, recouvert de mots taggés. A la Biennale de Lyon de 1991, Hains montre ce même Piédestal, sur la Place Bellecour, à côté du Louis XIV de Lemot, deux moniteurs retransmettent ce qui se passe à l'intérieur de la halle Tony Garnier, si bien que les passants de la place peuvent confondre les sculptures du Bernin et de Lemot.

En 1999, il est invité au Printemps de Cahors, et réalise ses Macintoshages, formation hétéroclite autour de machin, machine, Macintosh, Mac Luhan, « Galaxie Gutemberg », mère Mac Miche et autres associations, fonctionnant selon la toile du Web autour d'Yves Klein, de Marguerite d'Autruche, du Pot de Raynaud et de Garry Davis.

2001, exposition au Centre Georges Pompidou. On réalise enfin l’importance de l’œuvre de l’artiste, et sa diversité à l’intérieur d’un même système obsessionnel récurrent et renaissant.

Il montre un travail de condensation, de déplacement des mots et des images :
« une métonymie, une métaphore, le travail langagier des tropes, un travail de l'inconscient dans le rêve au sens freudien, le véritable travail « hypnagogique ».

Marie-Hélène GRINFEDER,
Paris le 26 mars 2009





LES OEUVRES

On recense 1500 œuvres réalisées par Raymond Hains.
Le reste des œuvres est réparti au sein des institutions suivantes :
- MAC / VAL de Vitry
- MAC /BA (Museum d’Art Contemporani de Barcelona)
- Centre Georges POMPIDOU
- Fondation CARTIER
- Les FRAC
- Le Museum Of Modern Art (MOMA New York)


On estime à 300 le nombre de pièces, signées ou non, réparties sur le marché.



LES PHOTOS

Raymond Hains
Raymond Hains - © Galerie W

Raymond Hains et Eric Landau
Raymond Hains et Eric Landau - © Galerie W

Raymond Hains
Raymond Hains - © Galerie W




PHOTOS DE L'ATELIER DE RAYMOND HAINS


Raymond Hains - Vue de son atelier
Vue de son atelier - photo Arnaud Brunet

Raymond Hains - Vue de son atelier
Vue de son atelier - photo Arnaud Brunet

Raymond Hains - Vue de son atelier
Vue de son atelier - photo Arnaud Brunet

Raymond Hains - Vue de son atelier
Vue de son atelier - photo Arnaud Brunet


LES LIVRES


- La boite à fiches -
Auteur : Catherine Elkar - Marion Daniel
Editeur : Analogues
- J'ai la mémoire qui planche -
Auteur : Raymond Hains - Pierre leguillon
Editeur : Editions du Centre Pompidou
- Raymond Hains -
Auteur : Ileana Cornea
Editeur : Ides et Calendes
- Langue de cheval et facteur temps -
Auteur : Raymond Hains - Marc Dachy
Editeur : Actes Sud
- Uns romans -
Auteur : Philippe Forest
Editeur : Editions Gallimard




 

Communiqué de presse


061129 - d'une rive l'autre (pdf)

Sélection d'oeuvres


Raymond Hains - 86 x 53 cm - 1969 - Votez contre Pompidou
Raymond Hains - Affiches lacérées - Hain - 101 x 64 cm - 1973

Des vidéos


Vidéo - Raymond Hains en permanence à la Galerie W
Raymond Hains en permanence à la Galerie W
Vidéo - Raymond Hains MACBA
Raymond Hains au MACBA à Barcelone




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