« Lorsqu’il m’arrivait, certains soirs d’été à la terrasse du Danton, un des rares cafés à fermer à trois heures du matin, d’être l’oreille attentive et passive dont Raymond Hains avait besoin, je regrettais de ne pouvoir mémoriser ses paroles.

Pas de logique, les mots se suivaient dans un désordre apparemment assemblés, associations fortuites de sens et de sonorités où un mot en entraîne un autre, inattendu, rapports cachés, voyage dans le temps et dans l’espace.

De cette mélopée abstraite, j’ai fini par percevoir les strates, les surprises, les coïncidences, les restes de mémoire effacée ou de mémoire vive que l’on retrouve accumulées dans son œuvre. 1945, c’est la découverte des compositions surréalistes d’Emmanuel Sougez, et ce sont ses dé- buts de photographe au service photographique de France-illustration.

Très vite il se place de l’autre côté du miroir, voulant montrer « une autre réalité », il crée ce qu’il a appelé des « photographies hypnagogiques ».

Il s’agit de rendre visible l’état de « rêve éveillé », décrit par Freud, ce passage entre le conscient et l’inconscient qui précède l’endormissement. Il expose ses photographies à la galerie Colette Allendy, le 30 juin 1948.

Il va plus loin, et cherche par ses photographies, « à produire au lieu de reproduire », il veut engendrer « le dépaysement », fragmente l’image à l’aide de petits miroirs, la déforme au travers de verres cannelés.

Il s’agit d’arracher le spectateur aux conventions du mimétisme pour le propulser dans l’univers informel d’une photographie « graphique », autonome, perçue « en tant qu’objet ».

Du support papier il passe au support cinématographique, « Loi du 29 juillet 1881 ou Défense d’afficher » et surtout « Pénélope », un film abstrait ainsi nommé par Villeglé.

1945 ce fut surtout la rencontre essentielle avec Villeglé, tous deux étudiants en Bretagne. En- semble, ils entament l’aventure des affiches déchirées, du « Lacéré anonyme », selon l’expression de Villeglé. Ils arrachent par morceaux les affiches publicitaires collées dans les rues. Au début, ce sont surtout des fragments, bruts, poétiques, aléatoires, livrant une image lyrique, dont le seul mystère se trouve enfoui entre les strates successives des affiches collées.

Leur première exposition sera en 1949 à la galerie Colette Allendy.

Les années 1949-1961 sont celles de « La France déchirée », titre d’une exposition à la Galerie J. en 1961, avec Jacques Villeglé. 
Vingt affiches reflètent la France de 1950 à 1961, onze ans de « bruits et de fureurs », la guerre d’Algérie, le général de Gaulle, la politique et les drames.

Souvent austères, les affiches superposent des « mots éclatés » des mots scandés, des lettres d’imprimerie assemblées en une œuvre abstraite quasiment géométrique.
 C’est aussi l’époque où Hains rencontre l’un des fondateurs du lettrisme, Isidore Isou.

1957 « Palissade aux emplacements réservés » exposée à la première Biennale de Paris.
Les affiches sont collectées sur leur support de bois, des palissades, multipliant les effets du hasard, les coïncidences, qu’il lui arrive de reprendre, de maîtriser, enivré par une dialectique dans la veine de Raymond Roussel ou du marquis de Bièvre, créant ce qu’il appelle « des at- trapes-mots ».
 Les mots s’enchaînent, des affiches aux palissades, rebondissant sur les « lapalissades », les en- tremets de « La Palissade », sa rencontre avec Geneviève de Chabannes la Palice, descendante du seigneur de la Palice, et aussi les bonbons appelés « Vérités de la Palisse ».

Mots, papiers supports de mots et d’images, dont il ne reste souvent qu’un bout coloré, qu’une bribe de lettre, cohabitent, assemblés, cimentés par le génie d’un discours sous-jacent, mou- vement brownien figé sur une planche de bois, une tôle ou encore émergeant de papiers collés superposés.

Le 27 octobre 1960, Hains rejoint avec Villeglé, le groupe des Nouveaux Réalistes.

« Ce qui m’intéresse dans le Nouveau Réalisme, ce sont les abstractions personnifiées... Je suis moi-même une abstraction personnifiée ». 
Il n’en reste pas là, élargit sans cesse son champ d’exploration et expose « Néo Dada
emballé » en 1963 au Salon Comparaisons.

En 1964 à Milan, il agrandit démesurément des boîtes et des pochettes d’allumettes. Iris Clert expose ensuite SAFFA & SEITA, et convie les pompiers de Paris.

Dans Iris-time numéro 21, octobre 1965, sous-titré « le point de vue d’Iris », à la question :
« Qui est Raymond Hains ? » Iris Clert répond : il « est le roi du calembour métaphysique (...). Sa pensée depuis 1946 n’arrête pas d’évoluer et de proliférer dans de gigantesques méandres analogiques ». 
Ses images et ses mots brassent dans le seul ordre associatif, références culturelles, objets courants et noms propres, rapprochant lieux et personnages, artistes, marchands, critiques, conservateurs, créant un Pop Art poétique et conceptuel.

Hains fait surgir le mot Pompidou en faisant un pont entre la brasserie La Palette, rue Jacques Callot à Paris, tenue par M. Pidoux, et la galerie Lara Vincy, sise en face, rue de Seine, pour son exposition « L’art à Vinci » en 1976.

1983, Yves Klein l’incommensurable lui inspire « Le Monochrome dans le métro » qu’il expose à la galerie d’Eric Fabre.
 1989 à la FIAC, sur le stand de cette même Galerie de Paris, Hains montre « Le Piédestal de Louis XIV », du Bernin, recouvert de mots taggés.

A la Biennale de Lyon de 1991, Hains montre ce même Piédestal, sur la Place Bellecour, à côté du Louis XIV de Lemot, deux moniteurs retransmettent ce qui se passe à l’intérieur de la halle Tony Garnier, si bien que les passants de la place peuvent confondre les sculptures du Bernin et de Lemot.

En 1999, il est invité au Printemps de Cahors, et réalise ses Macintoshages, formation hétéro- clite autour de machin, machine, Macintosh, Mac Luhan, « Galaxie Gutemberg », mère Mac Miche et autres associations, fonctionnant selon la toile du Web autour d’Yves Klein, de Mar- guerite d’Autruche, du Pot de Raynaud et de Garry Davis.

2001, exposition au Centre Georges Pompidou. On réalise enfin l’importance de l’œuvre de l’artiste, et sa diversité à l’intérieur d’un même système obsessionnel récurrent et renaissant.
Il montre un travail de condensation, de déplacement des mots et des images : « une métony- mie, une métaphore, le travail langagier des tropes, un travail de l’inconscient dans le rêve au sens freudien, le véritable travail « hypnagogique ». »

Marie-Hélène GRINFEDER, Paris le 26 mars 2009

Raymond Hains est un artiste plasticien français, né à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) le 9 novembre 1926 et décédé à Paris le 28 octobre 2005. Il a étudié à l'école des Beaux-Arts de Rennes avant de s'installer à Paris pour y présenter sa première exposition de photographies hypnagogiques et entamer un travail sur l'affiche déchirée, récoltée dans la rue. Le choix des affiches lacérées par les passants et abimées par le vent et la pluie peuvent être des choix d'ordre purement plastique, un regard qui cadre, un aplat de couleur repéré par celui qui se proclame " inaction painter " ou plus largement des choix de circonstances : Hains est un rapprocheur d'images comme de mots, il aime les coïncidences et les rencontres typographiques.



2016

8e Avenue [Exposition Officielle] / Champs Elysées, Paris, FR

Nouveau Réalisme… L’Esprit provocateur di Mimmo Rotella / MACA, Acri, IT

Merci Raymond par Bertrand Lavier / Monnaie de Paris, Paris, FR

Jacques Villeglé Pénélope à Quimper ou le retour d’Ulysse / Galerie G.-P. et N. Vallois, Paris, FR

 

2015

Raymond Hains, Photographe / Arles 2015 Les Rencontres de la Photographie, Arles, FR

Raymond Hains L’Entretien infini / MAMCO, Genève, CH

Raymond le disert/Raymond la science/Raymond l’abstrait / Galerie Max Hetzler, Paris/ Berlin, FR/DE

 

2014

La poésie de la métropole. Les Affichistes / Musée Tinguely/Schirn Kunsthalle, Bâle/Francfort, CH

Langue des oiseaux et coq à l’âne / FRAC Bretagne, Rennes, FR

 

2013

Art Paris Art Fair [Stand de la Galerie W] / Grand Palais, Paris, FR

Gérard Deschamps - Raymond Hains / Musée de l’Hospice Saint-Roch, Issoudun, FR

 

2012

Le Festival du Mot / La Cité du Mot, La Charité sur Loire, FR

 

2011

Not For Sale / Passage de Retz, Paris, FR

 

2010

Chic Art Fair - Hainstallation [Stand de la Galerie W] / Cité de la Mode et du Design, Paris, FR

Visions contemporaines de Marguerite d’Autriche / Monastère royal de Brou, Bourg-en-Bresse, FR

Défense d’afficher Dector & Dupuy | Raymond Hains | Jacques Villeglé / Médiathèque municipale de Vouillé, Vouillé, FR

La part des ombres / Musée de Cahors Henri-Martin, Cahors, FR

Ecce Homo Ludens / MRAC, Sérignan, FR

Ritournelle / FRAC Bretagne, Galerie Rapinel, Bazouges-la-Pérouse, FR

Raymond Hains / Nosbaum Reding Gallery, Luxembourg, LU

 

2009

Le Nouveau Réalisme I Cinquant’anni Les Cinquante ans 1960_2010 / Agnellini Arte Moderna, Brescia, IT

Visages / Galerie de France, Paris, FR

Revu et corrigé / Musée des Beaux-Arts de Brest, Brest, FR

Sculpteurs de trottoir. Autour de Raymond Hains 2 / Le Quartier Centre d’Art Contemporain, Quimper, FR

The Space of Words / MUDAM, Luxembourg, LU

Vérités de la Palissade / Galerie W, Paris, FR

Hainsoumis, Hainsolent, Hainsinuation / Galerie Albert Benamou/Galerie de l’Exil, Paris, FR

 

2008

Comme le verre à travers le soleil, autour de Raymond Hains / FRAC des Pays de la Loire, Clisson, FR

Il Nouveau Réalisme, dal 1970 ad oggi. Omaggio a Pierre Restany / PAC, Milan, IT

 

2007

Les Nouveaux Réalistes / Grand Palais, Paris, FR

Les Nouveaux Réalistes / Sprengel Museum, Hanovre, DE

 

2006

Merci Raymond ! / A.A.R.H., Paris, FR

La Force de l’Art : « Être le ministre de sa propre culture » / Grand Palais, Paris, FR

Rues / Galerie Marion Meyer, Paris, FR

APRèS dAdA ? / Galerie Lara Vincy, Paris, FR

Distorsions (1) / IAC, Villeurbanne, FR

 

2005

En souvenir de André du Colombier / Galerie Patricia Dorfmann, Paris, FR

L’œil moteur 1950-1975 / Musée d’art moderne et contemporain, Strasbourg, FR

L’action restreinte / Musée des Beaux-Arts, Nantes, FR

Les Affichistes entre Milan et Bretagne / Galleria Gruppo Credito Valtellinese, Milan, IT

Nouveau Réalisme / Museum Moderner Kunst Striftung Ludwig Wien, Vienne, AT

 

2004

Le désir de Retz ou le disert de Retz / Passage de Retz, Paris, FR

De l’art à Vinci aux Vedettes du Pont Neuf / Galerie Lara Vincy, Paris, FR

De Chateaubriand à Rosanbo / Galerie du Dourven, Trédrez-Locquémeau, FR

Art & Utopia : Limited Action / MACBA, Barcelone, ES


2003

La boîte à fiches / Musée Art et Histoire, Saint-Brieuc, FR

En quête de Raymond Hains / Galerie du Dourven, Trédrez-Locquémeau, FR


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