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DENIS ROBERT |
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DENIS ROBERT parle de son travail et de son exposition « Global village »
Exposition du 16 juin au 15 juillet 2012 « On me demande souvent d’expliquer les raisons pour lesquelles je me suis mis à peindre. Un de mes livres – édité, publié, distribué – a été interdit à la vente. Il a été retiré des librairies, des FNAC, des Virgin, des points de vente des gares… J’ai assisté à une scène gare de l’Est : des types prennent mon livre des mains de lecteurs et le rangent dans des cartons. Terminé. Cela a été un déclic. Interdit d’écrire, il me fallait trouver un ressort. Au coeur d’une affaire d’Etat, balancé entre les mensonges des uns et les pressions des autres, mon histoire personnelle prenait au printemps 2006 une tournure si complexe, qu’aucun article, aucun livre, aucun film ne pouvait, à mes yeux, la restituer. La rendre intelligible. Tout cela – ce cirque médiatique, ce barnum judiciaire, ce délire financier, cette tragicomédie politique – devenait si improbable, si intéressant, qu’il fallait m’élever, prendre du recul. Je savais que le temps jouait pour moi. L’art évite les palabres inutiles. Tout est sur la toile. Tout est sur la toile, surtout ce qui n’y est pas. J’ai commencé par imprimer des listings bancaires – ceux de Clearstream – sur des toiles. Puis j’ai écrit sur ces listings. La confrontation de ces deux univers – le langage froid et numérique de l’argent, mon écriture rageuse ou hésitante – créait une émotion doublée d’un paradoxe. C’était le début. L’intuition. Mon histoire quittait le champ politique pour devenir artistique. Des formes, des personnages, des couleurs ont fait leur apparition. Mes premières toiles sont les pièces d’un puzzle géant qui esquisse une représentation du pouvoir de la finance. De mon combat en principe perdu d’avance. J’ai ensuite eu ma période « Junk ». J’ai utilisé des matériaux de récupération, des fragments de carnets personnels, des photos, des articles déchirés, les transformant, inscrivant mes codes et mes histoires sur des images du monde. J’ai poursuivi mes recherches sur une matière plus cérébrale, plus intime : le cortex. Puis je suis revenu à « mes plans ». Cette obsession que je poursuis de mettre le monde en équation. Un fond noir. Des cases blanches. Des mots blancs. Des signes. Des traces. Des pensées. Pour cette exposition « Global village », j’ai travaillé dans trois directions, sur trois supports. Des cartons imprimés de listings bancaires de petit format sur lesquels j’écris ou dessine les idées qui me traversent, livrent un moment. C’est ma récréation. Généralement courte, intense et colorée. Je peins aussi sur des toiles qui sont comme les pages déchirées d’un agenda sur lequel je cherche et note des idées, dessine, fais des schémas. Ces pages sur fond noir – avec la date et le Saint du jour gravés en haut à droite– sont les premières d’une série qui va forcément évoluer. Aucune copie, aucun système. Un agenda. Chaque jour est une nouvelle histoire. Chaque histoire s’intègre dans un ensemble qui raconte le monde. Troisième direction, ce « Global village » financier que je mets en plan(s). La finance étant invisible, la réalité avance masquée. J’essaie, à ma manière, de lever une partie du masque. Des réseaux, des espaces, des zones d’influence, des lieux de pouvoir, des territoires apparaissent. Appelons ça le syndrome Goldman Sachs, Barclays, Fitch, Citigroup… Comme on veut. On cherche, on gratte, on tire un fil et on les retrouve toujours ces hommes qui trustent et infiltrent les banques, les fonds de pensions, les agences de notation, les chambres de compensation, les médias, les partis politiques… Je fabrique ces plans pendant de longues immersions où je mets à peine le nez dehors, fonctionnant, concentré, à l’instinct, grâce à mes notes, mon expérience, Internet. Parfois je m’amuse, mais rien de ce qui figure sur ces plans n’est fortuit. Je pourrais les continuer à l’infini. L’ensemble donne une image ramifiée et sinueuse du monde. Forcément esthétique. La puissance destructrice des marchés financiers est virale. Elle tient du gaz toxique. On ne sait jamais vraiment d’où va venir la fuite. Le mauvais coup. Les acteurs des trafics sont des affranchis. Ils échappent à tout contrôle. Ils participent à la décomposition des formes politiques et culturelles. On peut s’en accommoder, s’en foutre. Personnellement, ça m’intéresse. A partir du moment où on cerne mieux les règles cachées, on peut participer à changer leurs effets sur le réel. J’ai ce rapport de force en tête quand je gratte mon noir avec mes blancs. Je sais que c’est infime. Fragile. Je fabrique des traces qui laissent des traces. Petit, je crayonnais dans les marges de mes cahiers, ensuite, le journalisme et l’écriture ont occupé tout le terrain. Mon premier ingrédient, ce sont les mots, leur texture plus que leur sens immédiat. Ma matière c’est le journalisme, l’enquête, la finance, la vie politique, le pouvoir, la solitude, la détresse, la mémoire, nos renoncements, nos espoirs, l’avenir. Une matière hyper contemporaine. M’enfermer à intervalles réguliers entre les quatre murs d’un atelier, mettre en place mes châssis, noircir de grandes toiles blanches, faire glisser mes craies grasses sur ce noir, choisir une couleur, évaluer l’épaisseur d’un trait, imaginer des personnages, des phrases, des associations - en un mot peindre- est désormais devenu pour moi une nécessité. Ce qui me plaît aussi c’est que certains collectionneurs, notamment chinois ou brésilien, emportent mes toiles et ne savent rien de tout cela. Ils aiment. C’est tout. » DR/ 4 juin 2012.
SÉLECTION : (Photos haute définition disponibles sur demande au 01.42.54.80.24)
![]() Denis Robert - 1958 - Mixte sur toile - 162 x 130 cm - 2009 ![]() Denis Robert - La gangue le gang - Mixte sur toile - 146 x 114 cm - 2009 ![]() Denis Robert - Punition - Mixte sur toile - 162 x 130 cm - 2009 ![]() Denis Robert - Je me souviens de maggy delvaux - Mixte sur toile - 116 x 81 cm - 2009 ![]() Denis Robert - Aime Mange Detruit - Mixte sur toile - 162 x 130 cm - 2009 SÉLECTION :
DENIS ROBERT - REGIS-R (par Eric Landau) Ils ne sont pas de la même génération, ils ne vivent pas dans la même région, leurs histoires sont à douze mille lieues lune de lautre, leurs quotidiens aussi, les media quils utilisent sont différents. Ils nont rien à voir et tout à voir. Ils se sont trouvés à W. La rencontre entre deux artistes nest jamais fortuite : « il ny a pas de hasard, il ny a que des coïncidences louches » (Raymond Hains). Dun côté, Régis-R travaille avec le JUNK le moins périssable - le plastique - et le plus visiblement nocif. Le matériau miracle de la fin de siècle est devenu le matériel à charge de notre société. Lévidence dune pollution à très long terme. Régis-R travaille les plastiques, ceux qui ont déjà servi bien sûr. Son œuvre composée dobjets usagés amuse au premier abord, lamusement fait vite place à linterrogation, puis à la conscience retrouvée. Le plastique - chaque œuvre de Régis-R - devient pièce à conviction. Le JUNK que lon balaie est aujourdhui un des maux (mots) majeurs de notre société. Régis-R recompose à partir de JUNK plastique. Il est devenu le créateur de la conscience retrouvée. Le sourire que lon avait devant ses compositions sest estompé pour laisser la place à de nouveaux apôtres, ce public qui reconnait en lui lartiste du 21ème siècle qui nous a alerté de manière prémonitoire. Les enfants, les jeunes, ne se trompent pas. Ils sont en tête de ses fans. Lœuvre de Régis-R leur parle. Notre terre est dabord la leur. ARTuro, sculpture monumentale de dix mètres composée de plastique translucide de récupération, squatte la Galerie W. Allongé sur un matelas, accompagné dun cendrier, de médicaments et autres addictions, il souffre des maux de la société de consommation. Régis-R attire lattention avec humour sur les déchets que nous produisons. Un hymne à « lart de senvoyer en lair » sublimé par des objets montés en boites lumineuses et des croquis préparatoires (une trentaine dœuvres). De lautre, Denis Robert a raconté ce qui était (alors) imprononçable (et loin des préoccupations de chacun) : le clearing, lévasion fiscale, les paradis off shore… Pendant ce temps, réservé aux déchets, aux ordures, voire à « de la merde », le mot JUNK était déjà devenu monnaie courante dans le monde de la finance. Les JUNK bonds - « obligations pourries », à haut risque, spéculatives… - ont eu le temps de faire quelques ravages. Et puis la JUNK monnaie est sortie du placard, elle a fait son coming out. Avant de donner vie à ses œuvres, de transmettre de la vie, avec ses craies grasses de toutes les couleurs, Denis Robert enrichit le support de la toile blanche en collant dessus les notes de ses investigations, de ce qui sen suit, et de la vie qui a aussi une plus grande importance ailleurs. Des dizaines de pages de carnets annotés, des rendez-vous, des débuts de manuscrits, des photos, des lettres et coupures de presse, des morceaux accidentés de la vie souvent sauvée. La différence est infime entre les signes du journaliste dinvestigation (celui qui fait appel aussi à son instinct) et les sens des artistes plasticiens qui les guident vers la réalisation de leurs toiles. Leurs matières premières viennent de la même source, les sens de lun sont proches des signes de lautre. Depuis ma première rencontre avec Denis Robert, que jai tout de suite perçu comme artiste, je continue à avoir le sentiment, à chaque nouvelle toile (cinquante en loccurrence) et à chaque nouvel accrochage, de vivre des moments capitaux comme sil écrivait devant moi des pages de notre histoire au présent. Lhumour y est sensible. JUNK. Lexposition. Nous avons choisi de les réunir dans le même espace, dans les mêmes espaces, de la galerie. En ponctuant laccrochage, en créant des respirations, des inspirations, passant dune pièce de lun aux toiles de lautre. Le mélange sest très vite imposé dans lélaboration de lexposition. Il est devenu nécessaire, indispensable, évident. Le titre JUNK, qui flotte comme un drapeau, a pris tout son sens. Les films, les extraits de reportages, linstallation de limmense squelette ARTuro, la musique de la finance qui se morcelle, le brut du plastique que lon moule fabriquent une seule et même musique. Cest la redéfinition du mot JUNK qui réunit ces deux artistes. Hier différents aujourdhui liés. Leur JUNK pas cher dhier na aujourdhui pas de prix. Premier jet dun texte sur JUNK,
Eric Landau, W. |
Communiqués de presse1206 - Exposition Global village (pdf) 0905 - Exposition Festival du Mot (pdf) 0902 - Exposition cabinet DR (pdf) 0810 - Exposition - Denis Robert (pdf) 0810 - Slick08 - Denis Robert (pdf) ![]() 2012 - St Clémence - Acrylique et mixte sur toile - 146 x 114 cm Des vidéos
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